Oct 29, 2008

BETTY


La famille de Betty est originaire de Malaita. Betty est née et a vécu la majeure partie de sa vie à Guadalcanal, dans la campagne à l’Ouest de Honiara. Elle se définira pourtant toujours comme Malaitan.

N’ayant pas d’argent pour continuer ses études à 16 ans, elle part à Nauru comme gouvernante pour s’occuper des enfants d’une famille aisée.

Nauru, un atoll, au Nord Ouest d’Honiara. Un état indépendant de 24 km2 qui compte aujourd’hui environ 13.000 habitants. Très riche en phosphates, Nauru a connu une prospérité sans précédent dans le Pacifique. Betty se plait à Nauru. Elle y retrouve beaucoup de ses compatriotes, originaires de Malaita.
Depuis, les ressources se sont épuisées. L’exploitation des phosphates a détruit la végétation tropicale et l’ile n’est plus qu’un grand rocher. En 2001, Nauru accepte la proposition du gouvernement conservateur de Howard. Celui-ci cherche à établir un camp de détention pour les demandeurs d’asile, en interceptant les « boat people » qui essaient de rejoindre l’Australie, depuis l’Indonésie. C’est un nouveau boom économique pour Nauru. Le nouveau premier ministre Australien, élu en 2007, décide de fermer ce camp, très controversé, qui génère un cinquième des revenus du pays.

En revenant de Nauru, cinq ans après, Betty rejoint ses parents à Guadalcanal. Ils ont une maison qu’ils ont acheté , des cochons, des poulets. Ils cultivent le taro, les patates douces. Nous sommes justes en 1999, « lorsque les tensions s’aggravent ». Leurs voisins – natifs de Guadalcanal - avec qui ils entretiennent de cordiales relations, se saluant le matin, discutant un peu le soir, sont pris par la fièvre des tensions. Ils les expulsent et s’approprient de tous leurs biens. « Même les 6 cochons », précise Betty, visiblement encore traumatisée. Elle a revu depuis ses voisins. « Ils n’osent pas nous regarder », dit-elle.

Les droits fonciers coutumiers, ici dans les Iles, comme dans tout le Pacifique constituent un véritable casse tête. Problème social, économique, politique et que personne n’ose toucher, gouvernement inclut. Il n’y a pas de propriété « privée » mais communale. Les communes (un clan, une tribu, un village…) peuvent retirer un bénéfice de leurs terres en les louant, location généralement à long terme, 50 ans, 75 ans... Mais il n y a pas de registre foncier; comme il n’y a pas non plus de « recensement communal ». Une fois les accords passés entre le clan propriétaire foncier et le locataire, rien n’empêche quelqu’un d’autre, de réclamer des droits sur la propriété, au nom d’un arrière-arrière-grand père qui se serait marié avec la tante de la cousine de la sœur…et qui est donc rattaché au clan. Cela arrive souvent et surtout lorsque la terre a pris de la valeur: un « resort » qui marche bien, une plantation de cocotiers….

Il y a aussi les rancunes envers les Malaitans qui sont arrivés à Guadalcanal et acheté des terres, leurs terres, et qui vont s’exacerber durant les « tensions ».

Après l’expulsion, la famille déménage à Honiara qui est devenu une enclave malaitane. Mais l’insécurité est trop grande, ils rentreront à Malaita, plus précisément à Auki, la capitale provinciale en 2000.

Auki, c’est un petit village. Il y règne une atmosphère d’abandon, de vide. Un peu comme une ville du Far West désertée. Auki a pourtant deux banques, édifices imposants juste l’un a côté de l’autre. ANZ a tout juste une centaine de clients. Depuis un an, les camions mobiles d’ANZ parcourent les villages le long de la route Nord Sud, réhabilitée par la coopération Australienne, pour recueillir les épargnes rurales. Epargnes des villageois qui enterrent leurs économies à même le sol. Épargne aussi des fonctionnaires publics, (instituteurs, police) qui doivent se rendre à Auki pour y retirer leurs salaires et perdre ainsi une demi-journée de travail.

C’est en raison de la forte densité populationnelle le long des routes de Malaita qu’ANZ a pu initier son projet de banque rurale. Et c’est là tout le drame de Malaita. Avec une population estimée à environ 140.000 habitants (presqu’un tiers de la population des Iles Salomon) et une activité économique presque inexistante, les habitants de Malaita en sont réduits à l’immigration vers Honiara, où ils sont d’ailleurs en majorité. C’est bien là une des causes majeures des « tensions » de 99.

L’hôtellerie se développe pourtant à Auki. Pas en raison du tourisme, mais des ONG présentes sur le terrain.
Mais la famille a besoin d’argent. C’est Betty qui revient à Honiara, toute seule, en 2000. Elle loge et travaille comme réceptionniste à l’hôtel Pacific Casino, tenu par un chinois salomonien et peut envoyer de l’argent à sa famille. Elle y restera jusqu’à la fin des tensions et l’arrivée de RAMSI en 2003. Le propriétaire, un chinois fait venir des militants de « Malaita Eagle Force », l’armée militaire de Malaita, pour protéger l’hôtel (celui-ci finira par être brulé lors des émeutes de 2006. Il a depuis été reconstruit).

Betty y rencontre Steven qui est aussi un Malaitan. Ils ont un « piquinini », Josh qui a aujourd’hui cinq ans. Ils lui parlent en Pidgin puisque c’est aussi en Pidgin qu’ils communiquent entre eux. Bien que tout deux originaires de Malaita, Betty parle deux langues locales qui ne sont pas les mêmes que les deux autres parlées par son mari.

Ils se marient, mais pas sous la bénédiction de l’église « South Sea Evangelical » auxquels ils appartiennent tout deux, car l’enfant est déjà là. Cela se fera peut-être plus tard. La « South Sea Evangelical » est une église bien Salomienne qui a son origine dans le Queensland fin 19 ème siècle. Elle vise alors les mélanésiens recrutés de force pour travailler dans les plantations à sucre, puis les suivra lorsqu’ils seront rapatriés de force. La « South Sea Evangelical" est fortement implantée à Malaita tout comme les Anglicans le sont dans les iles Florides.
La « South Sea Evangelical » devrait d’ailleurs élire son nouveau représentant jeudi prochain. Election à laquelle se présentent 5 candidats dont un réverend polémique. Or il y a juste quelques jours, le « speaker » du parlement, qui est aussi un membre de cette église, est intervenu pour publiquement désavouer ce même révérend, ce qui cause un certain malaise et fait la une du journal quotidien. De quel droit un membre parlementaire se mêle t-il d’affaires internes de l’église? Le révérend partage les fidéles en voulant "introduire des pratiques Juives…". C’est Betty qui m’éclaircira. Il veut revenir à l’ancien testament et reéintroduire des pratiques anciennes: se déchausser avant de pénétrer dans l’église, abolir l’obligation des cheveux noués pour les femmes lors de la messe… Il y a surement des différence théologiques mais Betty n’en sait rien et les journaux pas plus.
Suivant la tradition ou « Kastom », la famille de Steven a du apporter la dot, le « prix de la fiancée » à la famille de Betty. Une coutume typiquement Malaitane. D’abord des monnaies-coquillages sous forme de colliers évalués a 6.000 dollars auxquels s'ajoutent 4.000 dollars en cash. Un total de 10.000 SBD (dollar salomonais). La famille achète ainsi la fiancée mais aussi sa future « production », c’est à dire leurs enfants. En cas de séparation, l’homme a droit de garde sur les enfants.

Ce n’est pas un petite somme. Je me souviens de John travaillant à Auki dans la banque rurale, qui étant sur le point de se marier, avait contracté un prêt pour justement financer la dot. Peut-être pour éviter les endettements, l’église a son mot à dire. Le frère de Betty par exemple, a été admonesté en raison du montant de la dot reçu par sa famille, perçu comme trop élevé par le pasteur. Le frère a du mal à comprendre cette punition, puisque les deux familles étaient d’accord. Il se vexe et justement part s’enrôler auprès du révérend polémique. Celui ci doit gérer des ressources financières importantes. Ils lui payent des études en Australie pour « étudier la bible » me dit Betty.
L’argent de la dot sera distribué aux membres de la famille de Betty. Une partie reviendra au jeune couple marié sous forme de cadeaux, essentiellement de la nourriture, offerte lors du mariage Kastom.
Début 2007, ils reviennent à Auki. Betty se languit de sa mère et Steven a trouvé un travail auprès du gouvernement local. Mais Steven joue les Don Juan avec une institutrice. Betty l’apprend et se rend à l’école. Elle est folle de rage, veut tuer sa rivale. Elles s’empoignent et la police doit intervenir. Après pourparlers, l’institutrice accepte de payer une compensation, 500 SBD, que Betty remettra à sa famille.
On a du mal à imaginer Betty en furie. A l’image de la plupart des salomonais, elle est très réservée. Elle n’exprime pas directement sa joie, sa tristesse, ses ennuis. Un autre code de langage qu’il faut apprendre et interpréter. Les Salomonais se rattrapent à d’autres moments. Les départs par exemple, qui donnent lieu à des discours émotifs et larmoyants, les scènes de jalousies comme en témoigne Betty, et d’autres auxquelles j’ai pu assister. « Vous, Betty, vouloir tuer quelqu’un, je ne peux le croire ». Je crois bien que c’est la première fois que je la vois rire, vraiment rire. Une violence dissimulée qui trompe. Comme la violence conjugale qui est très répandue. Son mari frappait Betty aussi de temps en temps, « mais moi je ne le laissais pas faire. Je le battais aussi ».

Betty décide de se séparer. « Et votre enfant? » son mari pouvait le garder, c’est Kastom. Kastom ou pas elle va quand même se renseigner auprès du commissariat. La loi lui permet de garder son enfant lui dit la police. « Les hommes ne peuvent même pas cuisiner alors comment pourraient- ils s’occuper d’un petit?». C’est la famille du père qui normalement s’occupe de l’enfant, des fois comme forme de chantage pour faire revenir la mère. Mais la famille qui vit dans le Nord Ouest de Malaita est d’accord pour laisser Josh avec sa mère.

La situation est devenue intenable pour Steven qui doit repartir à Honiara. En plus il a du payer une compensation pour le mal causé. Les frères de Betty vont empocher 2.000 SBD. Il ne leur pardonnera pas.

Betty vit donc avec sa mère et son fils. Mais elle doit maintenant gagner sa vie. Steven ne contribuera pas financièrement à l’éducation de son fils. A son tour elle reprend le chemin vers Honiara. C’est à ce moment lá, en Aout 2007, que nos chemins se croisent. Je viens tout juste d’arriver, je cherche quelqu’un.

C’est Annette qui nous introduit, une « wantok » aussi de Malaita. "Wantok" dérive de l’anglais « one talk » qui peut se définir comme ceux qui parlent la même langue. Dans la tradition, ceux qui justement partagent la même langue s’entraident, en cas de besoin. Une sorte de sécurité sociale interne. Annette a son business et place des « house girls » (comme sont ainsi désignées les femmes de ménage). Elle a visiblement travaillée pour des occidentaux, expansive, convaincante, un moulin à paroles. Betty, elle, n’ouvrira pas la bouche.

Betty travaille chez nous depuis maintenant un peu plus d’un an. Quelques mois après son arrivée, elle se réconcilie avec son mari et ils reprennent vie commune. Ils vont rechercher le petit Josh à Auki. « Vous l’aimez ? » je lui demande. Elle hausse les épaule et réponds, « Josh a besoin d’un père ». Et puis elle peut avoir de nouveau son enfant auprès d’elle, avoir aussi moins de soucis financiers, c’est plus facile à deux.

Une partie de sa famille a repris possession d’une partie de leurs biens à Guadalcanal, suite à un accord entre le gouvernement et les populations locales. Betty pourrait y retourner. Mais dans tout ce processus de migrations internes, elle est devenue « urbaine ». Elle travaille. Son mari a un taxi. Ils ont l’électricité, la télévision, un DVD. Elle ne veut plus revenir dans le village et tout recommencer. Et puis l’insécurité est toujours présente. Et si les tensions refaisaient surface…

Betty sera toujours une malaitan même si elle y a finalement très peu vécu. Tout son imaginaire, son affectif, son histoire, sont là bas, à Auki. Mais elle est réaliste. Elle sait qu’elle ne pourra pas revenir de sitôt. Mais qui sait? Sa famille réclame la possession de parcelles de terrains à Auki où devrait se construire un nouveau port…bien sur, d’autres familles revendiquent ces mêmes parcelles….

Oct 23, 2008

Les vaches arriveront-elles?

Il n’y a pas de bétail dans les iles Salomon. Des poulets, quelques cochons élevés et consommés par les villageois lors de cérémonies religieuses importantes (mariages ou funérailles). La viande de bœuf que l’on trouve vient d’Australie, de Nouvelle Zélande ou de Vanuatu, surgelée la plupart de temps ou, quand nous avons de la chance, empaquetée sous-vide. Nous l’achetons chez « Meat Lovers » une « boucherie » qui tient boutique dans une station- service. Encore faut-il attendre les arrivages par avion.

Mais il semble que nous pourrons manger, à terme, un steak « salomonien ». Une centaine de bêtes australiennes devraient bientôt arriver à Honiara, dans le cadre d’un programme de coopération. L’enclos a déjà été bâti dans un champ, à une 15 de km de Honiara. Seulement voilà. Comment transporter les bêtes, du port jusqu’à l’enclos? Le Ministre de l’Agriculture, un peu affolé, appelle le coordinateur de RAMSI. "Pourriez vous nous aider en cédant vos camions militaires"?

Mais les vachettes ne sont pas encore là. Plus fragiles que les poulettes. Or, il n’y a qu’un vétérinaire dans toutes les Iles Salomon. Il vit à Honiara et s’occupe des chiens et chats des familles d’ex pats, les nôtres inclus. En plus, il voyage souvent dans le cadre de congrès internationaux. Lorsqu’il est absent, le personnel de sa très modeste clinique, lui envoie un email, en décrivant les symptômes de l’animal malade. Le traitement et les prescriptions conseillés reviennent par email, normalement le lendemain.

Je ne sais donc toujours pas quand les vaches arriveront.

Oct 22, 2008

Bureaucraties

David doit renouveler son passeport Australien qui expire début Décembre. Opération simple. Nous repartons à Brisbane pour les fêtes de Noël vers mi Décembre. Je ne m’y suis donc pris que 2 mois à l’avance. Je vais donc voir Julieth, officier des passeports, au consulat Australien. Elle me remet les formulaires.

Premier hic : Il me faut trouver à Honiara, quelqu’un qui certifie connaitre mon fils depuis au moins 2 ans. Or je ne suis ici que depuis 1 an. Je demanderai bien à mon ami français Frank ou à Carmen la Brésilienne, mais il faut un Australien. Et ce n’est pas un Australien qui donnera des informations pas tout à fait « véridiques ». J’ai de la chance, une de nos amies de Brisbane vient juste de nous envoyer un mail et sera ici pendant quelques jours.

Deuxième hic : Je n’ai pas un papier essentiel. Le certificat de nationalité Australien que le consulat délivre à la naissance de l’enfant. Paris nous l’a bien envoyé à l’époque, Peut être est- il quelque part dans notre maison à Brisbane, ou perdu…Je ne m’en fait pas trop. « Ecrivez au consulat à Paris. Ils vous enverront une copie. A voir les yeux grands ouverts de Julieth, je me rends compte que cela ne va pas être si simple. Je propose de prendre directement contact avec Paris. Mais il y a des hiérarchies à respecter. Elle m’assure qu’elle demandera à Lorna de s’en occuper. Lorna est sa collègue de travail, la responsable, la seule, des services de l’immigration à Honiara. Une toute jeune qui semble déborder par les évènements.

Au bout d’une semaine, je reviens avec mon formulaire, les 2 photos de David (qui a l’air d’un enfant battu, « il ne faut surtout pas sourire » lui ais dit, « c’est le règlement ». Il l’a pris très au sérieux.).
« Alors, Paris des nouvelles »? je lance à Julieth.
« Non pas encore, j’ai déjà envoyé 3 emails à Lorna, mais elle n’a pas répondu ». Je vois. « Vous pourriez peut-être lui parler directement » lui dis-je « puisque vous travaillez à 10 mètre l’une de l’autre ». Elle me regarde l’air très abattu.

« Bon, dis-je « envoyez moi le dernier email que vous avez adressé à Lorna », et je suivrai l’affaire ». Bien sur, rien n’arrive. Alors, j’écris à Lorna à Julieth en demandant gentiment s’il faut que je m’adresse directement aux services d’immigration Australien de Paris ou de Papouasie Nouvelle Guinée (car pour les services d’immigration, je viens d'apprendre qu'Honiara dépend de PNG ).

Bon, encore quelques emails et trois semaines après, la réponse du grand chef papou arrive. Il faudrait tout d'abord, prendre contact avec Paris. Tiens donc ! Si Paris n’a pas le certificat, il faut adopter une autre procédure qui est évidemment n'est pas simple. Là, j’angoisse. Il faut réserver les billets d’avion cette semaine. Faut-il que je parte plus tôt que prévu, avant le délai d'expiration du passeport? On ne vas quand même pas se retrouver bloqué À Honiara pendant Noel. Et ensuite, se retrouver à Brisbane, sans passeport? Je vais sur internet et j’écris au consulat australien à Paris. Avec le décalage horaire, en 3 heures, j’ai la réponse. On m’informe que le consulat à Paris ne garde aucune copie des certificats de naissance. Il faut donc maintenant que je fasse une demande de « Preuve de Nationalité ». C'est-à-dire, remplir un autre formulaire, refaire des photos, retrouver un australien qui certifie connaitre David…. Ensuite le dossier est envoyé à Canberra, analisé, et le certificat délivré dans un délai qui varie entre 2 à 3 mois. Une fois mon certificat en main, je pourrai alors faire une demande de passeport. Trop de bureaucracies, j’abandonne. C’est Paul qui prend la relève.

Oct 20, 2008

Scoop à Bonegi Beach

Dimanche, le scoop à Bonegi Beach. Nous sommes partis David et moi, Laura une jeune Belgo-italienne qui travaille pour l'union européene et une de ses amies australienne.

Nous nageons et en me retournant je vois que plusieurs personnes sur la plage regardent fixement, quelque part, au loin dans l'océan. J'avoue que pendant une fraction des seconde je pense aux crocodiles de mer. "Mais nous aurions criés", me dit aprés une de ces personnes.

Je regarde à mon tour et j'appelle précipitamment David, en apercevant ce que je crois être un dauphin, vraiment très prés du rivage. Et puis soudain, une énorme masse grise remonte à la surface et de suite replonge. Ce n'est pas un dauphin, mais une baleine. Quelle excitation. Ce sera bref, pourtant. Nous ne la reverrons plus.

Oct 19, 2008

Maravagi. Iles Florides. Province Centrale.

Nous arrivons au port d´Honiara. Il faut attendre encore un peu. Nous nous dirigeons vers le Yacht Club, à 20 mètres de là, qui a des bancs et de l’ombre, juste sur la petite plage. Un homme, sans doute australien, est assis, lisant son journal. Il lève à peine les yeux vers nous et d’une voix nasillarde et trainante, nous accueille d’un sympathique « and who are you people ?». Je sais bien que nous sommes dans un « club » privé, mais il n’y pas un chat. Nous resterons, « à condition de ne pas faire de bruit ».

Une heure et demie en bateau et nous arrivons au « resort » de Maravagi, sur la petite ile de Mangalonga, dans les iles Floride, province centrale des Iles Salomon. Toute habitation est ici appelée « resort ». Comme nous le constaterons plus tard, nous dormirons dans une très modeste cahute. Nous sommes accueillis avec des colliers de fleurs de frangipanier. Mes fleurs préférées. Odorantes, fleurs blanches ou orange saumon au cœur jaune. Et même rouge sang, comme je n’en ai jamais vu a Brisbane, où portant les frangipaniers abondent. C’est l’arbre roi des iles Salomon et nous sommes en pleine saison.

L’endroit est absolument superbe. Les coraux entourent la petite ile et sont là, juste à portée de main, sur la plage. Les poissons ne sont pas timides et les petits « nemos » viennent sans peur jusqu'à nous. Nous verrons encore des bénitiers géants à la peau veloutée qui se referment dès qu’ont les caressent, un petit requin au loin, un gros mérou, des poissons aiguilles et une multitude de poissons, petits et grands, colorées. Et puis les poissons lions (encore appelés poissons scorpions), très beaux, avec de longues épines flottantes jaunes et noirs, mais très venimeux. C’est une des rares réserves naturelles protégée.
Un peu plus loin, nous découvrons des petites plages de sable blanc, à l'eau transparente.

Nous faisons vite la connaissance des quelques autres visiteurs. Deux femmes qui arrivent tout droit de Sydney et un Salomonien qui les accompagne. Il glande toute la journée en ayant l’air de s’ennuyer profondément. Quelque chose me vient tout de suite à l’esprit. Mais Paul semble trouver ça normal. Le soir, lors du diner avec un petit sourire en coin, Beb me demandera « ce gars là, qu’est ce que t’en penses… « . Gigolo? dis je ? « Ah, c’est bien ce que je pensais aussi ». L’esprit mal tourné des français.

Puis un étrange trio. Richard, Tony et John, très « Aussies », la soixantaine passée, toujours de bonne humeur, attablés, face à la mer, en buvant des Solbrew (la bière locale des Iles).

Le Dimanche matin, l’église appelle ses fidèles. Le gong, une bouteille de plongée d’oxygène vide sur lequel quelqu’un tape dessus. L’effet est agréable à entendre.

Richard nous invite à une ballade. L’ile est moins verte que Savo ou Honiara et moins escarpée aussi. Du haut des collines pourtant, le paysage est magnifique. La mer tout autour parsemée de petites iles. En redescendant, nous traversons la forêt plus luxuriante et nous arrivons au village, des « shark callers ». En buvant des noix de coco, on nous parle d’Harry, mort en 81, le dernier « shark callers » du village. Les histoires des requins-dieux abondent dans tout le Pacifique avec quelques variantes suivant les iles. Guerriers morts réincarnés en requins ou sacrifices en échange d’aide contre les ennemis ou pour obtenir des pêches fructueuses.
.
Un des villageois nous dit qu’il aurait vu Harry deux fois en « action ». La dernière fois, la scène aurait été filmée dans les années 70 par un Australien. Tout d’abord, Harry se rend sur la lagune en pirogue pour prendre « rendez vous » avec le requin. Le lendemain, il repart sur la lagune. Le requin arrive et se laisse caresser par Harry, tout en tournant autour de la pirogue. Harry a une tombe dans le village, la seule en évidence. « Pourquoi n’a t il pas transmis son savoir » est reçu avec un peu de gène. Mais c’est vite compris. L’église, toujours très présente dans les villages, n’aime pas beaucoup ces histoires. Richard, par contre, les adore. "Il y a aussi des histoires sur des crocodile", me dit-il. "On m’a dit que là bas dans l’ile en face, les crocodiles sont apprivoisés et jouent avec les enfants." "J’ai répondu" - dit il en riant - que je veux le voir de mes propres yeux. "Et j’irais". « A ce moment, vous me faites signe, » lui dis-je.

Lors de la ballade, nous voyons des serpents de mer (des anguilles, dis-je précipitamment à David, en me hâtant de corriger Richard), une « nursery » d’étoiles de mer et des dizaines d'opercules . L'opercule, cette membrane cornée ou calcaire produite par l’animal, et qui permet de refermer l’entrée de la coquille. Les opercules, ce sont des souvenirs d’enfance du Portugal et de la Lagune d’Albufeira. Catherine Vangeon, prof de sciences naturelles au Lycée Français et notre amie, nous avait initiés à la chasse aux opercules. Je n’en avais jamais revu jusqu’à notre arrivée sur les iles. Ici, ils sont si grands, 1cm de diamètre. Nous en avons une belle collection à ce jour. Curieuse, je surfe sur google, et je retrouve exactement les mêmes. Ronds, marrons ou vert émeraude. Ils ont le beau nom d’ « Œil de chat » du gastéropode Turbo petholatus. Il semble qu’à l’époque victorienne, ils étaient populaires auprès des marins et commerçants. Aujourd’hui les villageois les utiliseraient dans l’artisanat pour justement simuler des yeux. Mais je n’en ai jamais vu à ce jour.

L’après midi, pendant que les enfants bouchent les trous des crabes avec du sable (et dieu sait s’il y en a), nous nous réunissons autour de la table avec Richard, Tony et John et en buvant des Solbrew et nous nous racontons des histoires drôles, d’entourloupes, d’aventures. D’abord sur Biggs le voleur de train, qui était à Sydney lorsqu’un mandat de capture a était émis et aurait juste traversé le jardin et déménagé dans une maison proche, pour échapper à la justice;, puis serait parti dans une ile de la barrière de corail. J’enchaine sur cet américain qui, marié depuis quelques semaines et après avoir fait souscrire une police d’assurance vie à sa femme, l’emmène plonger dans le Queensland. Elle ne remontera pas. Il est accusé de meurtre et vient d’être extradité.
Ces déboires familiaux n’arriveront pas à Tony. Quand ces enfants ont atteints l’âge adulte, il leur a déclaré qu’il ne paierait plus les cotisations de son assurance vie. "Vous en profiterez, pas moi, donc à vous de prendre la relève". Ils ont protesté mais on finit par payer. Tony a passé 14 ans en Birmanie. Un ancien collègue d’école, qu’il aurait revu, serait devenu un commandant de la junta militaire et lui aurait permis d’entrer en Birmanie. Dans quelles affaires trempait-il, nous ne savons pas trop. "Le commerce du bois", nous dit-il. Il nous raconte qu’il vivait prés de la résidence d' Ang San Suu Kyi. Les serviteurs de Tony apportaient régulièrement de la nourriture en cachette à Ang Suu. Lorsque cela s’est su, son ami le commandant lui aurait dit qu’il ne pouvait plus rien faire pour lui. Il est donc parti. Puis le voilà à Samoa. Avec humour, il nous raconte qu’il a appris avec grand effort un des nombreux dialectes pour finalement se rendre compte qu’il ne pouvait communiquer qu’avec une poignée de gens.

C’est ainsi dans toutes les iles du Pacifique. On recense 90 langues dans les iles Salomon. Le pidgin est la langue « unificatrice », un amusant mélange d’anglais et de langues locales. Mais d'’autres influences se font sentir. Un enfant, par exemple, se dit « piquinini », le verbe savoir, « save ». C'est lors du 18 et 19e siècle, que se développe une langue dérivé de l’anglais et qui s’etend dans tout le Pacifique avec la chasse à la baleine puis le commerce de bois de santal et la bèche de mer, toujours très prisé par les asiatiques. Puis entre 1863 et 1903, c’est l’époque peu glorieuse du Blackbirding qui consistait à kidnapper les iliens (surtout de Mélanesie) pour les faire travailler dans les plantions de canne a sucre dans le Queensland. Le pidgin devient alors un moyen de communiquer avec les européens du Queensland mais aussi entre les différentes communautés mélanésiennes. En 1903, le Pacific Islands Labourer Act met un terme à ces activités et de nombreux mélanésiens sont rapatriés de force. Lorsqu’ils rentrent, ils ramènent le pidgin qui se propage aussi grâce aux missionnaires chrétiens.

La semaine dernière, le gouverneur des îles - Sir Nathaniel- désigné par la Reine d’Angleterre -, a visité les descendants des iles dans le Queensland. Environ 20.000 descendant directs des mélanésiens des Iles Salomon et de Vanuatu vivent dans le Nord et l’Ouest du Queensland et sont aujourd’hui Australiens. En 1994, le gouvernement Australien a reconnu ce groupe d’iliens comme un groupe culturel distinct. Reconnaissance qui apporte des avantages économiques et sociaux à un groupe longtemps discriminé (voir lien ci-dessous – Reconnaissance officielle par le gouvernement Australien).
http://www.multicultural.qld.gov.au/community/australian_south_sea_islanders/recognition.html


Le soir, pendant le diner, un spectacle de flutes de pan, instruments de musiques composés d'un ensemble de tuyaux sonores. Les musiciens soufflent sur les plus petites flûtes et tapent dessus avec des sortes de semelles en caoutchouc, sur les plus grandes. La première prestation musicale est accueillie avec des applaudissements nourris. Puis ceux là diminuent sensiblement au fur et à mesure que les musiques s’enchainent. C’est d’un monotone pas possible et nous en aurons pendant tout le repas.

Les deux nuits sont un enfer. Les moustiques sont partout et les moustiquaires ne sont pas imprégnées de produit. Chaque fois qu’une partie de mon corps a le malheur de toucher un petit bout de moustiquaire, je suis férocement attaquée. Comme les lits sont petits, je dois m’endormir toute recroquevillée. Et puis il fait chaud. Une odeur d´égouts flotte dans l’air…Le matin, David a des petites piqures rouges. Des punaises. Quand à Beb et Hugo, leur peau blanche présente toute sorte de variantes, boutons, tâches, roses, rouges... Nous sommes tous d’accord. Leur « resort », il faudrait bien l’améliorer. Quand à nos connaissances à Honiara, personne ne nous a mis en garde contre le logement. Il faut que je prenne l'iniciative de déclarer que, si l'endroit est superbe, les nuits sont diffciles pour que les approbations fusent et chacun y va de son histoire.

Nous rentrons à Honiara trés tôt le matin et nous verrons de nouveau les dauphins voltiger dans l'océan.

Oct 5, 2008

SAVO


Je passe au Français pour la famille du pays d’Oc!

Nos amis de Brisbane sont arrivés dimanche dernier. Beb est Français. Amanda, Australienne. Hugo et Gaia ont à peu prés le même âge que David. On est content. Ce n’est pas tous les jours que nous avons des visites. La maison est bien vivante avec trois gamins, six chats (dont trois petits) et un chien!

Nous voilà partis deux jours à Savo, petite île volcanique à environ une heure de Honiara. Nous parcourons en Hilux la route principale - la seule - qui mène à Vila, à la presque pointe Ouest de Guadalcanal. Une route que je connais bien. Elle est parsemée de villages et de petits marchés locaux où les gens attendent avec impatience l’arrivée du camion ANZ - la banque mobile - « Bank Blo Evrywan » (« La banque de tout le monde ») qui offre épargnes et microcrédits. Puis, une autre demi-heure en bateau. La mer est calme. Un vrai régal. On oublie que la mer entre Savo et Guadalcanal a été le théâtre de la Bataille de Savo, en 1942. Un vrai désastre pour les américains qui ont perdu plusieurs des leurs, épaves qui reposent au fonds de la mer.

En approchant, l’ile révèle son côté énigmatique, étrange, avec ses hautes parois escarpées et ses forêts impénétrables, d’un vert dense.

Sir Allan Kemakeza et Lady Jocelyn sont les propriétaires de la très modeste pension, au nom romantique de Sunset Lodge (le coucher de soleil est effectivement remarquable). Sir Allan est un personnage politique important. Un des très rares élus avec plus de… 3.000 votes! Il a le titre de l'Excellentissime Ordre de l'Empire britannique.

Sir Allan, qui était Premier Ministre en 2003, est aussi le responsable de la présence des Australiens en terre salomienne, ou plutôt de la présence de RAMSI, pour être politiquement correcte. RAMSI ou Regional Assistance Mission to the Solomon Islands (mission d’assistance régionale aux iles Salomon), force internationale de sécurité composée de l’Australie, la Nouvelle Zélande et d’une multitude de pays du Pacifique Sud, envoyée dans un premier temps, pour rétablir l’ordre et l’autorité de l’état. Aujourd’hui, RAMSI est aussi engagé dans le développement à long terme. Une importante opération de coopération internationale dans la région et la raison pour laquelle 95% des expats sont ici, y compris notre famille.

Sir Allan est aussi le ministre des Forêts. Ou plutôt, il était ministre, il y a de ça quelques semaines.... aujourd’hui, il est en prison. Accusé et jugé coupable d’extorsion d’argent sous menace, intimidation et vol en rapport avec un raid qu’il aurait organisé en 2002, contre une boite d’avocats australienne. D’abord condamné a deux mois (ce qui lui aurait permis de rester ministre), en raison de circonstances atténuantes (c’est bien grâce à lui que l’ordre a été rétabli en 2003), le prosécuteur public a fait appel. Il en aura donc pour 6 mois. D’autres ont eu plus de chance que lui. Jimmy Rasta, par exemple, qui a terrorisé les populations de Guadalcanal lors des « tensions » et qui a récemment été acquitté, fautes de témoignages... En plein procès, il aurait intimidé les témoins en passant le pouce le long de sa gorge, dans un geste bien explicite. Il paraît que le juge n’a rien vu…

Ce n’est que le troisième parlementaire à perdre sa charge, cette année. Le second vient tout juste de faire appel alors qu’il a été condamné à 9 mois de prison. L’année dernière, un adolescent aurait insulté sa femme (ou lui aurait donné un coup de pied, ce n’est pas très clair) alors qu’il l’a conduisait a l´hôpital. Mr Channel n’a pas hésité à défendre l’honneur de sa femme, en sortant son couteau de sa poche et en lacérant la joue de l’adolescent mal élevé! Le juge a confirmé la sentence initiale.

Le troisième, Charles Dausabea a une histoire intéressante. Membre du parlement, il est arrêté en 2006, accusé d’être derrière les émeutes de Mai 2006, deux jours de violence qui ont détruit le quartier chinois de Honiara, et par conséquent, surpris et humilié RAMSI. Suite à ces émeutes, un nouveau premier ministre est désigné. Il nomme Mr Dausabea, Ministre de la Police, alors que celui-ci est encore en prison. Acquitté en 2007 des charges reliées aux émeutes, Dausabea est néanmoins condamné en Avril 2008 pour fraude et détournement d’argent. Il en a pour 18 mois.

Mais revenons à Savo. Nous sommes accueillis par le staff, toujours avec une grande gentillesse. David est connu et a droit à de grands sourires. Il est déjà un peu tard dans la matinée, trop tard pour les « mégapodes » alors nous partons en ballade. Nous ne grimperons pas au volcan. Trop long, trop dur. Les dernières éruptions volcaniques auraient eu lieu entre 1835 et 1850. Une d’entre elles aurait été si violente que toute vie sur l’ile a été détruite. Nous, nous contenterons de marcher jusqu’à une chute d’eau à environ 1 heure de marche.

Nous traversons le village à quelques centaines de mètres de la pension. Bien en évidence, l’église du village, bâtiment modeste recouverte de feuilles de palmiers. Tout juste derrière, un second bâtiment cette fois en dur, imposant. La nouvelle église, mais pas encore terminée. « Plus d’argent » nous dit notre guide.
La végétation est luxuriante, les fleurs aux couleurs vives se succèdent. C’est l’époque des mangues, il y en a partout et des « Ngali nuts », ces fruits à coque du Pacifique, un peu fades à mon goût.

La ballade n’est pas trop dure sauf les derniers 200 mètres. Nos guides sont des grimpeurs aguerris. Ils prennent les enfants sur les épaules et grimpent sans difficultés tandis que nous peinons derrière. La chute d’eau n’est pas spectaculaire, il n’a pas beaucoup plu récemment. Tout au long de la ballade, nous verrons des canalisations rudimentaires reliées les unes aux autres qui amènent l’eau jusqu’au village. Les enfants sont fatigués, ils ont faim et chaud. Ils nous diront plus tard qu’ils ont détesté la promenade.

Le soir, les gamins sont dans ma chambre. Ils s’amusent à éteindre et à rallumer la lumière du plafond. Un néon, auquel une main artistique a collé un scotch coloré moitié bleu, moitié rose. Effet boîte de nuit.

La nuit est paisible. Pas de moustiques à Savo. Mais je dors très mal, me levant chaque heure pour badigeonner mon doigt de pied d’antiseptique. Une petite éraflure de rien du tout à laquelle je n’ai pas prêté attention, s’est infectée. Cela me rappelle ce consultant arrivant d’Australie à Honiara avec une toute petite blessure à la jambe. Il part à Choiseul (tout à l´Ouest du pays). L’avion, sans doute par manque d’essence, ne revient pas le chercher comme prévu. Quand aux bouts de quelques jours il revient à Honiara, il est de suite évacué vers Brisbane. Sa jambe est toute enflée; il faudra plusieurs jours à l’hôpital et des massives doses d’antibiotiques pour qu’il se rétablisse.

David dort avec moi. Le matin, encore à moitié endormie, j’entends Hugo qui entreouvre la porte de notre chambre. Les voilà les deux parti, je ne sais où. Je ne me fait pas de soucis, on est bien tranquille à Savo.

Au tour d’aller voir les « mégapodes » (littéralement grand pied), une des attractions de l’île, à 10 minutes en bateau. Oiseaux curieux, espèce en extinction. Ils enterrent leurs gros œufs dans les sables chauds volcaniques à environ un mètre de profondeur et le rôle parental est terminé. Les petits naissent après quelques semaines, et une demi- heure après, s’envolent libres et indépendants. Comme d’habitude, nous sommes arrivés un peu tard et nous ne les verrons que de loin. Le chef du village veut absolument nous compenser et nous offre un bel œuf qu’il déterre. David est persuadé que nous gardons l’œuf pour le voir éclore et garder l’oiseau. Mais nous le mangerons quelques heures plus tard. Les œufs sont une source de protéines pour les habitants du village qui curieusement ne pêchent pas et qui se nourrissent essentiellement de tubercules (tarots, cassaves, patates douces…).

Le chef du village à qui appartient la « nursery » des mégapodes nous dira qu’il perçoit un droit de passage chaque fois que le Sunset Lodge ramène des visiteurs. Une source de revenus complémentaire qui s’ajoute à la vente des noix de coco qui sont d’abord séchées à l’air libre sur la plage, puis transportés vers Honiara. Une activité auquel s’adonnent tous les villages des iles Salomon. Comme le prix du copra s’est envolé, c’est aujourd’hui un bon business.

La plage est belle. Enfin, une longue plage de sable blanc. Nous nous baignons avec les gamins du village qui surpassent leur timidité et nous rejoignent. Il y a néanmoins quelques étranges odeurs et certains « vestiges humains » que je trouve lors de ma courte ballade sur la plage. Comme dira Beb « ils doivent bien rire les locaux, de nous voir nos prélasser dans les chiottes publique ». Retour au Sunset Lodge où Beb va prendre des dizaines de photos du coucher de soleil. Beb est notre photographe officiel et m’a promis de les mettre sur le web.

Dans le restaurant, grande photo bien en vue. Surprise nous y sommes Paul, David et moi. Première réunion de la Mission Civile de RAMSI à Savo. C’était peu après notre arrivée. RAMSI a organisé un week-end sympa pour les nouveaux arrivants.

Je vais discuter quelques minutes avec Lady Jocelyn. D’un embonpoint certain, tee- shirt jaune vif, elle se tiendra à l’écart pendant tout le séjour, assise ou couchée sur un banc face à la mer.

Le jour suivant, c’est le tour des dauphins. Un spectacle qui ravit toujours petits et grands. Ils sont une vingtaine, sautant autour du bateau qui tourne en rond pour leur couper le passage.

La BBC est venu à Savo, il y a de ça deux mois. « Qu’ont-ils filmés », je demande. Le volcan, les mégapodes et les dauphins. Le parcours habituel. La semaine prochaine ce sont de jeunes étudiantes de Perth qui viendront pour une journée dans le cadre d’un échange culturel entre écoles catholiques ou protestantes, je ne sais plus.

Nous rentrons à Honaira et surprise! un paquet arrivé tout droit de Bayonne. La famille Basque-Ariégoise nous a envoyés des photos, une lettre et des DVDs : Jean Yanne, Lino Ventura et Yves Montand. Je vais me régaler.

PS : Dernières nouvelles concernant Mr Ganate, celui des photos pornos. Nous en savons un peu plus sur ce qui s’est passé. Il semble que peu après l’apparition des photos scandaleuses, Mr Ganate se serait précipité sur l'USB flash drive et l’aurait lancé a la mer. Il se justifie en disant que cet objet avait attiré "les mauvais esprits" sur la conférence et qu’il n’y est pour rien. La police a néanmoins perquisitionné chez lui et il semblerait que sa maison soit aussi la proie des "mauvais esprits". Sa carrière politique semble plutôt compromise...