Oct 19, 2008

Maravagi. Iles Florides. Province Centrale.

Nous arrivons au port d´Honiara. Il faut attendre encore un peu. Nous nous dirigeons vers le Yacht Club, à 20 mètres de là, qui a des bancs et de l’ombre, juste sur la petite plage. Un homme, sans doute australien, est assis, lisant son journal. Il lève à peine les yeux vers nous et d’une voix nasillarde et trainante, nous accueille d’un sympathique « and who are you people ?». Je sais bien que nous sommes dans un « club » privé, mais il n’y pas un chat. Nous resterons, « à condition de ne pas faire de bruit ».

Une heure et demie en bateau et nous arrivons au « resort » de Maravagi, sur la petite ile de Mangalonga, dans les iles Floride, province centrale des Iles Salomon. Toute habitation est ici appelée « resort ». Comme nous le constaterons plus tard, nous dormirons dans une très modeste cahute. Nous sommes accueillis avec des colliers de fleurs de frangipanier. Mes fleurs préférées. Odorantes, fleurs blanches ou orange saumon au cœur jaune. Et même rouge sang, comme je n’en ai jamais vu a Brisbane, où portant les frangipaniers abondent. C’est l’arbre roi des iles Salomon et nous sommes en pleine saison.

L’endroit est absolument superbe. Les coraux entourent la petite ile et sont là, juste à portée de main, sur la plage. Les poissons ne sont pas timides et les petits « nemos » viennent sans peur jusqu'à nous. Nous verrons encore des bénitiers géants à la peau veloutée qui se referment dès qu’ont les caressent, un petit requin au loin, un gros mérou, des poissons aiguilles et une multitude de poissons, petits et grands, colorées. Et puis les poissons lions (encore appelés poissons scorpions), très beaux, avec de longues épines flottantes jaunes et noirs, mais très venimeux. C’est une des rares réserves naturelles protégée.
Un peu plus loin, nous découvrons des petites plages de sable blanc, à l'eau transparente.

Nous faisons vite la connaissance des quelques autres visiteurs. Deux femmes qui arrivent tout droit de Sydney et un Salomonien qui les accompagne. Il glande toute la journée en ayant l’air de s’ennuyer profondément. Quelque chose me vient tout de suite à l’esprit. Mais Paul semble trouver ça normal. Le soir, lors du diner avec un petit sourire en coin, Beb me demandera « ce gars là, qu’est ce que t’en penses… « . Gigolo? dis je ? « Ah, c’est bien ce que je pensais aussi ». L’esprit mal tourné des français.

Puis un étrange trio. Richard, Tony et John, très « Aussies », la soixantaine passée, toujours de bonne humeur, attablés, face à la mer, en buvant des Solbrew (la bière locale des Iles).

Le Dimanche matin, l’église appelle ses fidèles. Le gong, une bouteille de plongée d’oxygène vide sur lequel quelqu’un tape dessus. L’effet est agréable à entendre.

Richard nous invite à une ballade. L’ile est moins verte que Savo ou Honiara et moins escarpée aussi. Du haut des collines pourtant, le paysage est magnifique. La mer tout autour parsemée de petites iles. En redescendant, nous traversons la forêt plus luxuriante et nous arrivons au village, des « shark callers ». En buvant des noix de coco, on nous parle d’Harry, mort en 81, le dernier « shark callers » du village. Les histoires des requins-dieux abondent dans tout le Pacifique avec quelques variantes suivant les iles. Guerriers morts réincarnés en requins ou sacrifices en échange d’aide contre les ennemis ou pour obtenir des pêches fructueuses.
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Un des villageois nous dit qu’il aurait vu Harry deux fois en « action ». La dernière fois, la scène aurait été filmée dans les années 70 par un Australien. Tout d’abord, Harry se rend sur la lagune en pirogue pour prendre « rendez vous » avec le requin. Le lendemain, il repart sur la lagune. Le requin arrive et se laisse caresser par Harry, tout en tournant autour de la pirogue. Harry a une tombe dans le village, la seule en évidence. « Pourquoi n’a t il pas transmis son savoir » est reçu avec un peu de gène. Mais c’est vite compris. L’église, toujours très présente dans les villages, n’aime pas beaucoup ces histoires. Richard, par contre, les adore. "Il y a aussi des histoires sur des crocodile", me dit-il. "On m’a dit que là bas dans l’ile en face, les crocodiles sont apprivoisés et jouent avec les enfants." "J’ai répondu" - dit il en riant - que je veux le voir de mes propres yeux. "Et j’irais". « A ce moment, vous me faites signe, » lui dis-je.

Lors de la ballade, nous voyons des serpents de mer (des anguilles, dis-je précipitamment à David, en me hâtant de corriger Richard), une « nursery » d’étoiles de mer et des dizaines d'opercules . L'opercule, cette membrane cornée ou calcaire produite par l’animal, et qui permet de refermer l’entrée de la coquille. Les opercules, ce sont des souvenirs d’enfance du Portugal et de la Lagune d’Albufeira. Catherine Vangeon, prof de sciences naturelles au Lycée Français et notre amie, nous avait initiés à la chasse aux opercules. Je n’en avais jamais revu jusqu’à notre arrivée sur les iles. Ici, ils sont si grands, 1cm de diamètre. Nous en avons une belle collection à ce jour. Curieuse, je surfe sur google, et je retrouve exactement les mêmes. Ronds, marrons ou vert émeraude. Ils ont le beau nom d’ « Œil de chat » du gastéropode Turbo petholatus. Il semble qu’à l’époque victorienne, ils étaient populaires auprès des marins et commerçants. Aujourd’hui les villageois les utiliseraient dans l’artisanat pour justement simuler des yeux. Mais je n’en ai jamais vu à ce jour.

L’après midi, pendant que les enfants bouchent les trous des crabes avec du sable (et dieu sait s’il y en a), nous nous réunissons autour de la table avec Richard, Tony et John et en buvant des Solbrew et nous nous racontons des histoires drôles, d’entourloupes, d’aventures. D’abord sur Biggs le voleur de train, qui était à Sydney lorsqu’un mandat de capture a était émis et aurait juste traversé le jardin et déménagé dans une maison proche, pour échapper à la justice;, puis serait parti dans une ile de la barrière de corail. J’enchaine sur cet américain qui, marié depuis quelques semaines et après avoir fait souscrire une police d’assurance vie à sa femme, l’emmène plonger dans le Queensland. Elle ne remontera pas. Il est accusé de meurtre et vient d’être extradité.
Ces déboires familiaux n’arriveront pas à Tony. Quand ces enfants ont atteints l’âge adulte, il leur a déclaré qu’il ne paierait plus les cotisations de son assurance vie. "Vous en profiterez, pas moi, donc à vous de prendre la relève". Ils ont protesté mais on finit par payer. Tony a passé 14 ans en Birmanie. Un ancien collègue d’école, qu’il aurait revu, serait devenu un commandant de la junta militaire et lui aurait permis d’entrer en Birmanie. Dans quelles affaires trempait-il, nous ne savons pas trop. "Le commerce du bois", nous dit-il. Il nous raconte qu’il vivait prés de la résidence d' Ang San Suu Kyi. Les serviteurs de Tony apportaient régulièrement de la nourriture en cachette à Ang Suu. Lorsque cela s’est su, son ami le commandant lui aurait dit qu’il ne pouvait plus rien faire pour lui. Il est donc parti. Puis le voilà à Samoa. Avec humour, il nous raconte qu’il a appris avec grand effort un des nombreux dialectes pour finalement se rendre compte qu’il ne pouvait communiquer qu’avec une poignée de gens.

C’est ainsi dans toutes les iles du Pacifique. On recense 90 langues dans les iles Salomon. Le pidgin est la langue « unificatrice », un amusant mélange d’anglais et de langues locales. Mais d'’autres influences se font sentir. Un enfant, par exemple, se dit « piquinini », le verbe savoir, « save ». C'est lors du 18 et 19e siècle, que se développe une langue dérivé de l’anglais et qui s’etend dans tout le Pacifique avec la chasse à la baleine puis le commerce de bois de santal et la bèche de mer, toujours très prisé par les asiatiques. Puis entre 1863 et 1903, c’est l’époque peu glorieuse du Blackbirding qui consistait à kidnapper les iliens (surtout de Mélanesie) pour les faire travailler dans les plantions de canne a sucre dans le Queensland. Le pidgin devient alors un moyen de communiquer avec les européens du Queensland mais aussi entre les différentes communautés mélanésiennes. En 1903, le Pacific Islands Labourer Act met un terme à ces activités et de nombreux mélanésiens sont rapatriés de force. Lorsqu’ils rentrent, ils ramènent le pidgin qui se propage aussi grâce aux missionnaires chrétiens.

La semaine dernière, le gouverneur des îles - Sir Nathaniel- désigné par la Reine d’Angleterre -, a visité les descendants des iles dans le Queensland. Environ 20.000 descendant directs des mélanésiens des Iles Salomon et de Vanuatu vivent dans le Nord et l’Ouest du Queensland et sont aujourd’hui Australiens. En 1994, le gouvernement Australien a reconnu ce groupe d’iliens comme un groupe culturel distinct. Reconnaissance qui apporte des avantages économiques et sociaux à un groupe longtemps discriminé (voir lien ci-dessous – Reconnaissance officielle par le gouvernement Australien).
http://www.multicultural.qld.gov.au/community/australian_south_sea_islanders/recognition.html


Le soir, pendant le diner, un spectacle de flutes de pan, instruments de musiques composés d'un ensemble de tuyaux sonores. Les musiciens soufflent sur les plus petites flûtes et tapent dessus avec des sortes de semelles en caoutchouc, sur les plus grandes. La première prestation musicale est accueillie avec des applaudissements nourris. Puis ceux là diminuent sensiblement au fur et à mesure que les musiques s’enchainent. C’est d’un monotone pas possible et nous en aurons pendant tout le repas.

Les deux nuits sont un enfer. Les moustiques sont partout et les moustiquaires ne sont pas imprégnées de produit. Chaque fois qu’une partie de mon corps a le malheur de toucher un petit bout de moustiquaire, je suis férocement attaquée. Comme les lits sont petits, je dois m’endormir toute recroquevillée. Et puis il fait chaud. Une odeur d´égouts flotte dans l’air…Le matin, David a des petites piqures rouges. Des punaises. Quand à Beb et Hugo, leur peau blanche présente toute sorte de variantes, boutons, tâches, roses, rouges... Nous sommes tous d’accord. Leur « resort », il faudrait bien l’améliorer. Quand à nos connaissances à Honiara, personne ne nous a mis en garde contre le logement. Il faut que je prenne l'iniciative de déclarer que, si l'endroit est superbe, les nuits sont diffciles pour que les approbations fusent et chacun y va de son histoire.

Nous rentrons à Honiara trés tôt le matin et nous verrons de nouveau les dauphins voltiger dans l'océan.

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